Rançon française: New York Times a rendu un service important en estimant les pertes d'Haïti entre 21 et 115 milliards de dollars, estime Jonathan M. Katz

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Rançon française :  New York Times a rendu un service important en estimant les pertes d'Haïti entre 21 et 115 milliards de dollars, estime Jonathan M. Katz

Ex-correspond de l'Associated Press en Haïti, auteur de deux ouvrages, The Big Truck That Went By : How the World Came to Save Haiti and Left Behind a Disaster, qui traite du tremblement de terre de 2010, et, plus récemment, de Gangsters of Capitalism : Smedley Butler, the Marines, and the Making and Breaking of America's Empire,  Jonathan M Katz partage son analyse de la série d’articles du New York Times. Il répond aux questions de Le Nouvelliste.

Publié le 2022-05-25 | lenouvelliste.com

1- Qui êtes-vous et quelles sont vos relations avec Haïti, son peuple et son histoire ?

Je suis venu pour la première fois en Haïti en 2007 en tant que correspondant de l'Associated Press. J'ai vécu à Pétion-ville pendant trois ans et demi, période pendant laquelle j'ai survécu au tremblement de terre et j'ai révélé l'histoire selon laquelle les casques bleus avaient apporté le choléra en Haïti. J'ai depuis écrit deux livres, The Big Truck That Went By : How the World Came to Save Haiti and Left Behind a Disaster, qui traite du tremblement de terre, et, plus récemment, Gangsters of Capitalism : Smedley Butler, the Marines, and the Making and Breaking of America's Empire, qui comprend deux chapitres sur l'occupation américaine d'Haïti de 1915 à 1934, et un sur la République dominicaine.

2- Avez-vous travaillé sur le dossier de la dette de l’indépendance versée par Haïti à la France ?                   

J'ai fait des recherches sur la rançon française (c'est un excellent terme que le Times a inventé) au cours de l'écriture de mes deux livres. Une grande partie de ce travail a consisté à lire les recherches d'historiens et d'économistes sur la question, notamment les travaux de Marlene Daut, professeur à l'université de Virginie, et de l'économiste français Thomas Piketty. Lorsque le Times a commencé ses recherches, il s'est adressé à moi et à ma femme, Claire Antone Payton, qui est une historienne ayant étudié Haïti en profondeur, en particulier le régime des Duvalier. Nous leur avons donné toutes les informations que nous pouvions.

3- Quelles ont été vos conclusions ?

En bref, que la France - qui avait déjà tant dépouillé les Haïtiens pendant l'esclavage et ses tentatives d'écraser la Révolution - a intentionnellement paralysé l'économie haïtienne tout au long du 19ème siècle. Et, ce qui est tout aussi important, c'est que les États-Unis ont allègrement repris le flambeau français, transférant les dettes aux banques américaines, en particulier à ce qui est aujourd'hui la Citibank, et ont ensuite utilisé ces dettes comme prétexte pour envahir, occuper et dominer Haïti au 20e siècle. Le premier chapitre sur Haïti de mon nouveau livre commence par un récit des Marines dévalisant la Banque Nationale de la République d'Haïti et ramenant à Wall Street un demi-million de dollars d'or. Pour autant que mes sources et moi-même puissions le dire, cet or n'a jamais été rendu.

4- Quelle est votre appréciation du travail du NYT ? 5- Le NYT a-t-il apporté de nouveaux éléments, de nouvelles perspectives sur l'impact de cette dette sur la pauvreté en Haïti ?

Je pense que le Times a rendu un service important. Tout d'abord, ils ont calculé la tabulation la plus précise du montant qu'Haïti a effectivement transféré à la France : 112 millions de francs, soit environ 560 millions de dollars aujourd'hui. Et ils ont estimé que la valeur totale de la perte se situe entre 21 et 115 milliards de dollars. Comme je l'ai écrit dans ma lettre d'information :

Pourquoi est-ce important ? Pour deux raisons. D'une part, cela donne une certaine précision fonctionnelle au mécanisme de la réclamation : non seulement nous savons qu'il y a eu un énorme transfert de richesse de la nation antillaise vers la France, mais voici les chiffres et les dates de chaque paiement, etc. D'autre part, si la France doit un jour être contrainte de restituer une partie de cet argent, il est essentiel de présenter une facture détaillée.

Oui, Emmanuel Macron & Co. vont sûrement essayer de faire ce que les Français font depuis plus d'un siècle, et ignorer complètement les faits de leur crime. Mais comme le montre la réaction immédiate de l'une des parties accusées, la précision que les journalistes du Times ont apportée à ce projet rendra la tâche plus difficile aux responsables français. Et cela pourrait être une véritable réussite.

Ils ont également attiré l'attention sur une histoire que, bien sûr, de nombreux Haïtiens et tous les spécialistes d'Haïti connaissent depuis longtemps, ce qui est précieux en soi. Je pense que cela aurait pu être fait de manière journalistique avec une histoire plus courte, mais le fait d'en avoir fait un événement fabriqué à une valeur en soi.

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