Call for papers: Interventions décoloniales dans le milieu académique/ Decolonial interventions in academia/ 22 April 2020- Brussels

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Interventions décoloniales dans le milieu académique : Contributions belges à une discussion globale

 22 avril 2020, Université Saint-Louis Bruxelles/ 22 April 2020 University Saint-Louis Brussels

Sarah Demart, Université Saint-Louis Brussels/ Sophie Withaeckx, Vrije Universiteit Brussel

L’appel à décoloniser l’université lancé à partir de 2015 par des étudiants d‘Afrique du Sud et de Grande-Bretagne, est aujourd’hui global et articule à toute une série d’enjeux épistémiques, matériels et politiques (Sabaratnam, 2011 ; de Jong et al, 2017 ; Icaza and Wekker, 2017 ; Withaeckx and Essed, 2017 ; de Sousa Santos, 2015 ; Mbembe, 2016 ; Bhambra et al, 2018 ; de Jong et al, 2017 ). 

En Belgique, l’activisme des étudiants et des académiques autour de ce thème apparaît en comparaison, relativement tardif et paradoxalement concomitant d’une inflation du « décolonial » dans l’espace public (Withaeckx, 2019).  Si cette inflation procède d’un militantisme afro-belge de plus en plus vocal et d’une multiplication de débats ou d’esthétiques dits décoloniales.aux, auxquels prennent différemment part les chercheurs,  elle n’en interroge pas moins la dévaluation épistémique et politique d’un appareil critique sous l’effet du buzz et de la mainstreamisation (Tuck and Wayne Yang, 2012 ; Davis, 2014 ; Bilge, 2009).

L’objectif de cette journée d’étude est d’ancrer dans l’espace universitaire belge, une discussion aujourd’hui globale, en s’intéressant aux interventions décoloniales. Par intervention décoloniale, on se réfère aux interruptions et discontinuités dans l’ordre des rationalités de la modernité/colonialité (Quijano, 1999 ; Dussel ,2000 ; Mignolo, 2007 ; Sabaratnam, 2011; de Jong et al, 2018), et à leurs possibles effets de transformation sur l’institution, les épistémologies, les pédagogies et les praxis de recherche.

Il en va d’une mise en cause d’une part, du grand partage entre les savoirs objectifs et subjectifs  d’autre part, du modèle kantian-humboldtien de l'université, fondé sur des valeurs des Lumières comme la rationalité, le détachement, le désincarnation et la neutralité, traditionnellement considérés comme indispensables pour produire un savoir objectif et applicable à tou.te.s (Withaeckx, op.cit.). L’accent mis sur la positionnalité et la pluralité des savoirs situe cette démarche critique à l’articulation d’autres champs d’étude, notamment les féminisme postcolonial (Haraway, 1991 ; Harding, 1987 ; hooks, 2000 ; Rich, 1979, Sullivan and Tuana, 2007, etc.) et les race studies (Mills, 1997 ; Wynter, 2004 ; Bonilla-Silva, 2006 ; Iverson, 2007, etc.).

L’absence de politique de recherche dédiée à l’étude des phénomènes « postcoloniaux » dans le domaine des sciences sociales belges constitue le point de départ de cet appel. Il renvoie concrètement à la marginalisation matérielle et épistémique de tout un appareil critique  autour du féminisme postcolonial et des critical race studies (Withaeckx, 2019), des black studies (Grégoire et al, 2020) ou de la sociologie postcoloniale (Demart, 2016) et à la sous-représentation des corps non-blancs dans l’espace universitaire belge (Demart, 2013 ; Goddeeris, 2015 ; Withaeckx, 2019 ; Carte blanche Comment décoloniser nos universités, 2019). En ce sens, l’intérêt croissant pour les théories postcoloniales et décoloniales au sein des universités belges pose nécessairement la question des transformations structurelles, au regard de la logique marketing néolibérale des universités assignant notamment la « diversité » à une «  pratique réitérative et citationnelle » qui ne produit pas l'effet nommé (Ahmed, 2012, p. 117). 

Nous invitons les universitaires qui réfléchissant de manière critique à la possibilité d’interventions décoloniales dans le milieu universitaire, ainsi que les militants engagés dans des interactions avec le monde académique, à proposer des interventions  sur les points suivants (non exhaustifs) :

-       les effets d’aveuglement et d’ignorance structurellement produits par les épistémologies eurocentrées. 

-       les conditions de possibilité de production d’un savoir qui rompe avec les positions d’hégémonie et les pratiques d’appropriation des savoirs. 

-       La cooptation des minorités dans les politiques institutionnelles comme dans le quotidien des interactions.

-       La gestion administrativo-politique des archives coloniales de et dans l’université.

-       La perception des interventions académique dans la société civile ou sur le « terrain » par les « sujets de la recherche ».

-       La production de la blanchité dans l’espace académique.

Les interventions peuvent prendre la forme de communication académique, de réflexion personnelle ou d’intervention artistique.  Merci d’envoyer vos propositions d’intervention (maximum 400 mots) d’ici le 5 mars 2020 à sarah.demart@usaintlouis.be

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Decolonial interventions in academia : Belgian contributions to a global conversation

 The call to decolonize the university, launched from 2015 onwards by students from South Africa and Great Britain, is today global and articulates a whole series of epistemic, material and political issues (Sabaratnam, 2011; de Jong et al, 2017 ; Icaza and Wekker, 2017 ; Withaeckx and Essed, 2017 ; de Sousa Santos, 2015 ; Mbembe, 2016 ; Bhambra et al, 2018 ; de Jong et al, 2017 ). 

In Belgium, in comparison, the activism of students and scholars around this theme appears relatively late and paradoxically concomitant with an inflation of 'decolonialism' in the public space (Withaeckx, 2019).  While this inflation stems from an increasingly vocal Afro-Belgian activism and a multiplication of so-called decolonial debates or aesthetics, in which researchers are taking part in different ways, the epistemic and political devaluation of a critical apparatus under the effect of the buzz and mainstreaming remains (Tuck and Wayne Yang, 2012; Davis, 2008; Bilge, 2014).

 The aim of this study day is to locate in Belgian university, a discussion that is today global, focusing on decolonial interventions. Decolonial intervention refers to interruptions and discontinuities in the order of rationalities of modernity/coloniality (Quijano, 1999; Dussel, 2000; Mignolo, 2007; Sabaratnam, 2011; de Jong et al, 2018), and their possible transformative effects on the institution, epistemologies, pedagogies and research praxis.

This implies challenging on the one hand,the division between objective and subjective knowledge, and on the other hand, the Kantian-Humboldtian model of the university based on Enlightenment values such as rationality, detachment, disembodiment and neutrality, traditionally considered indispensable for producing objective knowledge that is applicable to all (Withaeckx, op.cit.). The emphasis on the positionality and plurality of knowledge situates this critical approach in the articulation of other fields of study, notably (postcolonial) feminist theory (Haraway, 1991; Harding, 1987; hooks, 2000; Rich, 1979, Tuana, 2007, etc.) and critical race studies (Mills, 1997 ; Wynter, 2004 ; Bonilla-Silva, 2006 ; Iverson, 2007, etc.).

The absence of a research policy dedicated to the study of 'postcolonial' phenomena in the field of Belgian social sciences is the starting point of this call. It refers concretely to the material and epistemic marginalisation of a whole critical apparatus around postcolonial feminism and critical race studies (Withaeckx, 2019), black studies (Grégoire et al, 2020) or postcolonial sociology (Demart, 2016) and the underrepresentation  of non-white bodies in the Belgian university space (Demart, 2013; Goddeeris, 2015; Withaeckx, 2019; Carte blanche Comment décoloniser nos universités, 2019). In this sense, the growing interest in postcolonial and decolonial theories within Belgian universities necessarily raises the question of structural transformations, in view of the neoliberal marketing logic of universities where "diversity" often comes down to being a "reiterative and citation-based practice" that does not produce the named effect (Ahmed, 2012, p. 117). 

We invite academics who think critically about the possibility of decolonial interventions in academia, as well as activists engaged in interactions with academia, to propose interventions on the following (non-exhaustive) points:

 - The effects of blindness and ignorance structurally produced by Eurocentric epistemologies.

- The conditions of possibility of production of a knowledge that breaks with the positions of hegemony and the practices of appropriation of knowledge.

- The cooptation of minorities in institutional policies as well as in daily interactions.

- The administrative-political management of colonial archives in and of the university.

- Academic interventions in civil society or in the "fieldwork" as seen by the "subjects/objects" of the research.

- The production of whiteness in academia.

Interventions can take the form of academic communication, personal reflection or artistic intervention.  Please send your intervention proposals (maximum 400 words) by March 5th, 2020 to sarah.demart@usaintlouis.be  

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES/ REFERENCES

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Bhambra, G. K., Nisancioglu, K., & Gebrial, D. (2018). Decolonizing the university. Pluto Press.

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Carte blanche Bamko Asbl, Café Congo, Change Asbl, Collectif Présences Noires, Galeries ArtDéCycles, Nouveau Système Artistique, Rumbacom, Laura Nsengiyumva (artiste), Comment décoloniser nos universités, 19 février 2019, Le Vif, https://www.levif.be/actualite/belgique/comment-decoloniser-nos-universites/article-opinion-1094483.html

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